lundi 4 janvier 2010

Music & Capital Risque : 2009/2008 quelques enseignements

L'excellent site MusicIndieTech vient de publier la liste de l'ensemble des levées de fonds ayant eu lieu en 2009. Liste qu'il est évidemment intéressant de rapprocher au cru 2008, du même site
Les enseignements que l'on peut en tirer sont particulièrement intéressants et donnent de nettes indications pour le futur proche et moins proche. 
En premier lieu, il convient de constater que l'augmentation de la valeur des deals est impressionnante... 329 millions de dollars de fonds levés par les start-up, versus 260 millions en 2008. 
L'augmentation est encore plus marquée si l'on inclus les acquisitions... près de 4 milliards en 2009 contre 800 millions en 2008 -avec, il est vrai 2 deals pesant pour 2,5 milliards dans ce total (EMI, LiveNation). 
C'est un signal fort qui semble montrer qu'après près de 10 années de désaffection, les banquiers considèrent à nouveau la musique comme un environnement stratégique intéressant. Considération qui était d''ailleurs exprimée récemment ici même par Jean Bourcereau de Ventech qui, en préambule de son interview, souligne d'ailleurs "C'est important que les lecteurs comprennent que je  puisse répondre du point de vue de l'investisseur "early stage", c'est à dire quelques années avant le marché de masse. Donc certains sujets jugés très 'in' par le grand public nous paraissent 'out' car déjà bien adressés". En d'autres termes, il faut investir le secteur maintenant, en prévision de sa forte évolution à l'horizon 3/5 ans. 
De surcroît, il faut remarquer que les investissements dans le secteur musique ont tendance à accélérer au cours de l'année 2009 même si le dernier trimestre est en retrait -ce qui serait traditionnel dans l'industrie. Il semble donc qu'il existe une tendance claire qui rejoint l'état d'esprit dans lequel se trouve l'auteur de ce blog : de nouvelles expériences musicales permettront de recréer une valeur forte autour des contenus, et l'industrie va connaître une nouvelle épopée d'ici deux à trois ans. 
Le second enseignement significatif est qu'il y a eu beaucoup plus de deals en 2009 qu'en 2008, mais pour des montants unitaires moins élevés. En ce qui concerne la taille des deals, il semble difficile de trouver d'autre explication que la conjoncture particulièrement défavorables à la levée de capitaux. Le nombre de deals accru en 2009 est en revanche un signal appuyé de l'appétit des investisseurs pour le secteur, mais disposant donc de poches moins profondes.  
Le 3ème enseignement concerne les sites de streaming. Ceux-ci font clairement les plus grosses levées en 2009 : Deezer, Spotify, Pandora, Slacker, etc. C'est une évidence, mais elle mérite d'être remarquée. Il est tout à fait étonnant de constater que le focus se maintient sur une offre générique (toute la musique, partout, tout le temps), et non sur de nouveaux types d'expériences musicales (live, interactivité, participation, etc.).
D'autres signaux de moindre importances : les outils d'autopromotions pour artistes, très présents en 2008 (Tunecore, Topspin, sellaband) sont absents en 2009, sans pour autant que l'on puisse en tirer une conclusion à ce stade. En revanche, et à notre surprise, il y a autant de sites communautaires financés en 2009 qu'en 2008  : l'indigestion en 2010? La DRM est absente (en 2008 également d'ailleurs), mais qui s'en serait étonné... En revanche quelques sociétés sont financées dans le fingerprinting (le marquage des titres) en 2009. La reconnaissance musicale continue à attirer les foules et les investisseurs. : Shazam, (dont nous intervievions le CEO récemment) a d'ailleurs réussi à faire ouvrir son porte-monnaie au prestigieux VC Kleiner Perkins, et Midomi fait de son coté une levée de 4 millions de dollars.


Tout ceci intervient dans un contexte certes particulièrement dramatique pour l'industrie de la musique qui voit son chiffre d'affaire baisser de plusieurs dizaines de % chaque année. Et il n'y a pas de mystère, c'est là le principal facteur qui pousse les investisseurs à... investir. La musique est aussi ancienne que l'humanité, et celle-ci nous intéresse tous à différents degrés ; ce n'est pas prêt de changer. Ce qui change en revanche, c'est la façon dont nous l'écoutons. C'est pourquoi celui qui trouvera l'expérience musicale -et le modèle économique- s'appliquant au XXIème siècle décrochera la timbale... 







4 commentaires:

Philippe Astor a dit…

Bonjour l'auteur, et meilleurs voeux pour 2010. Quel bonheur de bénéficier d'une telle expertise sur ce blog à moindre frais. Un commentaire toutefois sur l'engouement des VC pour le streaming en 2009. Il me semble en effet que certains d'entre eux n'ont pas retrouvé leurs petits dans des opérations comme les rachats d'iLike, Imeem et Lala.com aux Etats-Unis. Et les fonds levés par des acteurs installés du secteur servent essentiellement à payer les minimums garantis aux majors de la musique, pas à développer le marketing de leurs offres. Sur le caractère générique des acteurs du streaming qui remportent la palme des levées de fonds, j'émettrais quelques réserves. C'est peut-être une nécessité immédiate de miser sur ces cheveaux là pour favoriser le développement de ce marché, mais il me semble justement qu'à terme ce sont des offres plus ciblées, plus éditorialisées et moins chères en terme d'abonnement qui vont lui permettre d'exploser. Il y aurait beaucoup de progrès à faire dans le marketing de ces offres, justement, or ce n'est pas du tout favorisé par la conjponcture, ni par les préférences des VC, ni par l'attitude des majors, qui mettent des barrières à l'entrée très élevées en terme d'avances sur recettes et d'accès aux catalogues : c'est tout ou rien, parce qu'elles le veulent ainsi ou ne savent pas faire autrement, pourtant ouvrir l'accès à des portions de leur catalogue (jazz only, ou classique only, etc.) à moindre coût favoriser l'émergence d'un plus grand nombre d'acteurs moins génériques. Ces acteurs là, malheureusement, n'intéresseraient pas a priori les VC et c'est compréhensible, puisque leur potentiel de développement est bien moindre. Pourtant, ils ont besoijh eux aussi d'accéder aux catalogues et aux capitaux, et ce serait tout bénéfice pour l'ensemble du marché globalement.

F a dit…

Merci pour cette synthèse lumineuse! et Bonne année 2010.

Anonyme a dit…

Philippe, encore bravo pour tes analyses à chaque fois pertinentes et brillante. Il faut que j'en parle ici d'ailleurs... Bravo.
Babgi.

Anonyme a dit…

merci pour cette article
jeff

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