jeudi 8 octobre 2009

Les investisseurs en capital -les VCs- et la musique

Beaucoup de gens me demandent des explications sur le fonctionnement des VCs -Ventures Capital- ces fonds qui investissent en capital.  Et je rencontre plus particulièrement ceux d'entre vous lorsqu'ils ont des projets dans la musique. J'ai une étiquette, j'assume.
Je vais essayer donc de résumer en quelques lignes comment ça marche.
En France, il existe environ 80 fonds d'investissements à peu près sérieux. Je ne parle pas ici des fonds d'amorçages et des fonds de business-angels, mais des fonds qui sont structurés en FCPI/PR par exemple ou/et qui ont la capacité d'injecter jusqu'à 15 voir même 30 millions dans une société.
Les noms les plus connus sont Ventech, Partech, Sofinnova... La plupart de ces fonds investissent surtout dans des projets assez matures, générant déja du chiffre d'affaire, ayant une équipe de management complète, etc.
En ce qui concerne la musique, peu investissent ce domaine. Je citerais surtout Ventech, (avec mxp4, Believe, Awdio), Sofinnova (avec mxp4 également), Partech (avec Goom). A l'étranger les fonds les plus actifs sur la musique sont Wellington (avec Spotify), DNCapital (Shazam) et surtout Eden Ventures, qui s'est en fait spécialisé dans la musique.

Très peu de fonds ont finalement réussi à gagner de l'argent dans la musique. Ces cinq dernières années, je pense que seuls Index (avec lastFM) et Ventech (avec Musiwave) ont connu de réels succès.
La raison en est que la musique est un environnement complexe et spécialisé et que les questions de droits ont souvent fait échouer les projets, même les plus novateurs.

Voici les réponses aux questions que l'on me pose le plus souvent :

Est ce que les VC investissent dans les catalogues musicaux? 
Non, à de très très rares exceptions près. Les VCs sont à la recherche d'un effet de levier. Ils investissent principalement dans la technologie, qui permet des gains de productivité, souvent en réorganisant la chaine de valeur (je sais c'est un peu barbare). En soit, un CV n'investit pas dans une maison de production ou un catalogue de publishing.

Sont-ils malgré tout intéressés par des projets dans le domaine de la musique? 
Depuis peu de temps, oui à nouveau ! Les grands VCs sont convaincus qu'il faut rentrer à présent dans les contenus, car ceux-ci ont trop été délaissés. Le fait que les majors soient beaucoup plus ouvertes à des expérimentations qu'elles ne l'étaient auparavant et que leur capacité de nuisance se soit de toute façon très fortement réduite sont deux facteurs importants. Un autre tient dans le fait que Hadopi et ses équivalents devraient être adoptés dans la plupart des pays occidentaux. En dix ans, jamais les VCs n'ont été aussi intéressés dans les projets de musique, la valorisation de Spotify (250 millions d'euros) alors que rien n'est encore joué, le démontre bien.

Comment les VCs vont ils valoriser mon projet? 
il n'y a pas de règle. Surtout pas avec des méthodes type DCF. La valorisation est un mix complexe entre la qualité du business plan, de l'équipe, le niveau de maturité du projet, mais aussi la concurrence éventuelle avec d'autres VCs. Toutefois, il faut se rappeler que la valorisation est certes un élément important, mais que la qualité de la signature du VC en est un autre.

Dans les projets musique, lesquels sont les plus "chauds" en ce moment? 
Vaste question. Il y a une vraie appétence pour les formats. Tout le monde comprend qu'après vingt ans de bons et loyaux services, le MP3 va arriver prochainement à la retraite (et je ne dis pas ça uniquement à cause de mxp4).
Si votre projet est une plateforme de distribution, il vous faut un projet qui soit totalement différenciant par rapport à Spotify, Deezer. La marche devient haute, mais il y a encore des choses à faire.
Les projets de DRM sont out pour l'instant, la musique mobile ne génère que peu d'intérêt. Les labels digitaux sont aussi considérés comme un sujet clos.
Le plus grand problème des dossiers dans ce secteur se trouve dans le business-model. Beaucoup de projets sont très excitants, mais leur hérauts n'ont que trop souvent aucune idée de la façon dont ils vont gagner de l'argent.

Comment approcher les VCs? 
Ne pas nécessairement me rencontrer! Je n'ai que peu de valeur ajoutée en général et n'ai plus le temps pour aider de nouveaux dossier. Le plus simple est d'adresser son projet au secrétariat. Les VCs sont généralement bien organisés et votre projet sera traité par un analyste dans un délai d'environ deux semaines. Il faut avoir à l'idée qu'un VC de premier plan reçoit plus de mille dossiers par an et qu'il va finalement investir dans un à trois dossiers...
Et concrétement, pour des noms de VCs, le site de l'AFIC répond à cette question.


Bonne chance, le plus important c'est d'y croire et d'y croire encore...

5 commentaires:

Anonyme a dit…

N'oublies tu pas XAnge Private Equity avec Believe et KissKissBankBank?

Bintou a dit…

Pour une juriste telle que moi, le propos est très clair.

Toutefois, je me demande toujours comment établir un business plan crédible dans un domaine en constante évolution et soumis à tant d'aléa.

SawndBlog ! a dit…

Cher Anonyme,
J'oublie beaucoup de dossiers... Mais je voulais parler des principaux acteurs sur les stés les plus en vue.

Anonyme a dit…

C'est clair que c'est pas tout à fait complet il y a + de societes que ca. et de start-up dans la musique aussi. mais j'aime bien le propos quand meme

Michael a dit…

Le message est claire ! il faut y croire encore et encore.

Merci

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