samedi 20 février 2010

Hadopi : ripostes graduées et... contre-mesures... ou que vont faire les pirates.

Illegal music downloading logo
Au fur et à mesure que se lève le voile sur le fonctionnement de l'Hadopi, il est intéressant de constater que les pourvoyeurs de contenus illégaux mettent en place des contre-mesures de plus en plus performantes pour permettre à leurs clients de continuer à télécharger illégalement. 

Les newsgroups... déja Hadopi-proof. 
L'adaptation la plus surprenante de notre point de vue provient des newsgroups (autrement nommés Usenet). Pour ceux qui l'ignorent, les newsgroups sont une des formes de l'internet, standardisée dès l'origine du réseau et dont l'usage initial -permettre des conversations- a été depuis largement détourné pour faciliter l'échange de contenus pirates. Problème, les newsgroup n'étant pas initialement fait pour accueillir du contenu en quantité, le transfert de celui-ci doit se faire par l'intermédiaire de plateformes d'accès, qui vont adapter le contenu, de sorte à ce qu'il soit simple à identifier et à télécharger. La qualité et la diversité des contenus qui s'y trouvent est tout simplement incroyable. Pratiquement rien n'en est absent ; et tout nouvel utilisateur est proprement stupéfait de voir qu'un monde de contenu illégal semble prospérer sans être vraiment inquiété. Avec Hadopi cependant, les fournisseurs de newsgroups ont commencé à comprendre que leur activité ne passerait pas au travers des mailles du filet -le législateur ayant jusqu'à peu négligé de s'intéresser à cette spécificité de la structure de l'internet, particulièrement pourvoyeuse de contenus illégaux- les agrégateurs de newsgroup ont totalement restructuré leur offre. En premier lieu, ils codent l'ensemble du traffic en SSL, ce qui rend totalement impossible d'investiguer ce que contient leurs flux. Il est à noter que ce cryptage, en 256bits, n'est pas neutre pour eux, leur imposent de "re-processer" l'ensemble des flux alors qu'ils se contentaient de gérer l'adressage de ceux-ci auparavant. 

Les VPN
Les liens sponsorisés promouvant des VPN semblent également fleurir ces jours-ci. Un VPN est un serveur, généralement situé à l'étranger, sur lequel tous les contenus illégaux d'un internaute donné -issus du P2P par exemple- vont arriver. L'internaute ne pourra pas être attaqué pour ensuite télécharger des contenus depuis son VPN dans la mesure ou ces échanges sont réalisés entre deux points qui lui appartiennent.  De surcroît, les liaisons entre le VPN et son ordinateur peuvent-être et sont généralement criptées. 

Illegal streaming
De même, le streaming illégal semble être devenu plus que populaire ces derniers mois : un site, que nous ne nommerons pas, a connu la plus forte croissante dans le top 50 des sites consultés depuis la France. Des sites, généralement situé dans l'ex-bloc soviètique, offrent des très larges catalogues de films, en qualité high-def, pour quelques euros par mois. 
Ces offres restent toutefois très faciles à détecter, et ne devraient pas être trop difficile à bloquer. 

P2P et direct download
Ces solutions sont en constantes évolution, le cryptage y est depuis longtemps la norme, et leurs offres évoluent aujourd'hui entre VPN, fragmentation des fichiers, double masquage des fichiers (j'émets 1000 fichiers Word, en fait un film), etc. Il est important de comprendre que les acteurs qui ont conçus ces offres P2P sont généralement les développeurs les plus doués de leurs génération. Le contournement des censeurs est donc un facteur d'émulsion sans limite pour eux et il faut bien reconnaître que l'ensemble des contre-mesures évoquées plus haut, rendent la riposte difficile. 

En conséquence, Hadopi, qui paraissait au départ principalement taillé pour lutter contre le P2P en s'en prenant au consommateur final, semble avoir un discours en évolution. Des mesures directes, à l'encontre des fournisseurs de solutions illégales, sont de plus en plus souvent envisagées. 
De même, il nous semble plus que probable qu'on en vienne un jour à traquer les utilisateurs par leurs comportement. Avoir un trafic de plusieurs Gigabites sur une ligne ADSL privé est un indice à peu près certain que quelqu'un est en train de télécharger ou streamer un film. La question reste de savoir si ce téléchargement est légal. Dans un monde certes un peu Orwelien, on pourrait imaginer que tout mouvement de fichier qui n'est pas fait de ou vers un fournisseur de contenu agréé puisse être déclaré suspect (i). Bien qu'avant d'en venir là, il y ait heureusement des solutions alternatives, il faut être naïf pour penser que le "comportement" d'une ligne ADSL ou cable ne devienne rapidement, si ce n'est un élément de preuve, un indice à charge ou à décharge pour confirmer ou infirmer une condamnation.

La réussite de la mise en place d'Hadopi demandera donc certainement une bonne compréhension des technologies en jeu par les hauts-fonctionnaires chargés de mettre en oeuvre les mesures coercitives, mais également beaucoup de sens pédagogique et un bon doigté pour éviter un comportement un peu trop intrusif, qui serait légitimement condamnable. 



(i) Dans un monde encore plus policier, on pourrait très bien imaginer qu'Hadopi soit doté d'un service action... Amusant non?


crédit image (magnifique) www.musictime.com

13 commentaires:

Anonyme a dit…

ouai ouai... trop pro hadopi monsieur babgi.

Romain a dit…

La seul phénomène qui peut endiguer ces modes de piratage de plus en plus élaborés reste une VRAIE plateforme légale par abonnement avec TOUS les contenus disponibles (et non juste le catalogue de film de telle ou telle major).

Aujourd'hui, en prenant un abonnement à un service de newsgroups ou de direct download (pas illégal en soi), on a plus de contenus que sur n'importe quelle plateforme légale de VOD.

Au fait, y a t-il des boites spécialisées dans l'agrégation des droits de musiques et de films? Il y a un beau potentiel.

Anonyme a dit…

Ou comment en voulant "protéger les artistes" on va créer des flux financiers vers des vrais pirates (ceux qui gagnent de l'argent sur le dos des artistes).

Vive le P2P, vive l'échange non commercial entre utilisateurs d'internet.

Anonyme a dit…

"...il faut être naïf pour penser que le "comportement" d'une ligne ADSL ou cable ne devienne rapidement, si ce n'est un élément de preuve, un indice à charge ou à décharge pour confirmer ou infirmer une condamnation..."

Les débits montants et descendants ne cessent d'augmenter parce que les contenus légaux en HD se multiplient petit à petit, un gros trafic sur une ligne n'indique en rien la légalité des échanges, comment cela pourrait-il devenir un indice ? Serions nous tous déjà présumés suspects/coupables du fait d'une grosse activité internet ?

Frédéric Neff a dit…

@Anonyme "Ou comment en voulant "protéger les artistes" on va créer des flux financiers vers des vrais pirates (ceux qui gagnent de l'argent sur le dos des artistes)."
Tu parles d'Universal ou de Megaupload avec "tes vrais pirates" ? A en lire la définition, on dirait plutôt Megaupload ;-)

Anonyme a dit…

arrêtons l'hypocrisie. Ces offres sont la raison d'être des ISP. Les pirates ce sont avant tout eux (Free, Orange, SFR, Numericable, etc), qui vivent du contenu illégal.

Christian Jegourel a dit…

La technologies modifie les modèles économiques et ceux des contenus ne passeront pas sans une redéfinition complète.
Nous passons à une économie de la gratuité qui ne sera pas bloqué par des lois archaïques.
A lire un document de 90 pages en téléchargement gratuit qui explique et donne des pistes de financement des contenus. Car s'il y a téléchargement P2P il faut bien financer la création et ce n'est pas contradictoire. http://www.convergences.youvox.com

romy a dit…

super post...

tout ces méthodes de contournement démontrent que de plus en plus de "pirates" payent pour télécharger.

je pense très sincérement que les majors devraient prendre exemple sur ce que font les fournisseurs newsgroup/usenet ou VPN; plusieurs millions de personnes ds le monde payent pour accèder à des contenus....

juste en complément de ce post, voici un comparatif des avantages/inconvenients de ces différents réseaux : http://www.start-newsgroup.com/2009/11/28/pourquoi-utiliser-les-newsgroups

Anonyme a dit…

Avant Internet, (oui un monde informatique sans Internet a existé!) les pirates s'échangeaient les news (c'était le terme utilisé) par la poste, via des petits paquets contenant des disquettes remplient à cracker de goodies, évidemment cela se faisait contre rénumération.

La vie n'est qu'un éternel recommencement.

A bon entendeur... salut.

Anonyme a dit…

c'estbien vrai anonyme 02:16

comme le disait si bien maitre eolas :

Assimiler internet à la délinquance, c'est assimiler les PTT à la collaboration car ils distribuaient les courriers anonymes de délation.

vaste programme....

la suite est tj d'actualité :

http://www.maitre-eolas.fr/post/2009/02/16/1318-quelques-lecons-de-droit-a-l-attention-de-luc-besson

en attendant avatar qui viens d'être poster en qualité dvd grace a la fox!

C'EST DINGUE NON ?

Anonyme a dit…

Rien ne vaut les newsgroups Usenetforyou , ancien réseau datant de 1979 !!!!

Olivier Urcel a dit…

On peut citer egalement l'arrivée prochaine et remarqué de put.io, startup turque au vaste programme alléchant proposant en gros de télécharger et stocker tes fichiers (torrents, etc.) sur un stockage online (50 G d'espace et 150 G de bande passante pendant la beta privée), et de streamer l'ensemble de ces contenus vers à peu près n'importe quoi. Le tout de manière anonyme. Une manière intelligente de réconcilier download et streaming. Voir http://put.io/

alex a dit…

Bonjour, je vous signale le comparateur de prix de newsgroups http://best-newsgroup-provider.com . Vous pouvez trouver des dizaines d'offres de fournisseurs d'accès aux newsgroups...

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